Pourquoi ces règles tiennent encore
George Orwell a publié 'La politique et la langue anglaise' en 1946, dans une Grande-Bretagne épuisée par la guerre et la propagande. L'essai est surtout une plainte contre la prose des pamphlets, des chefs et des universitaires — un langage qui cachait plus qu'il ne révélait. À la fin, il a listé six règles pour les écrivains qui voulaient penser plus clairement.
L'essai a survécu à son moment politique parce que les règles ne portaient pas vraiment sur la politique. Elles portaient sur la relation de base entre la pensée et le langage. Une phrase vague pointe presque toujours vers une pensée vague. Une phrase précise force une pensée précise.
Les écrivains de fiction supposent souvent que les règles ne s'appliquent qu'au journalisme. Ce n'est pas le cas. Un roman bâti sur des métaphores éculées et des constructions passives a le même brouillard qu'un mémo. Les règles le percent de la même manière.
Règle un — Éviter les métaphores éculées
'Ne jamais utiliser une métaphore, une comparaison ou une autre figure de style que vous avez l'habitude de voir imprimée.'
Le danger d'une métaphore familière est que l'écrivain cesse d'y penser. 'Elle portait son cœur en bandoulière' ne veut plus rien dire — c'est devenu un son que le lecteur survole. L'image est morte, mais l'écrivain l'a laissée sur la page quand même.
La solution n'est pas d'éviter la métaphore. La métaphore est l'un des outils les plus puissants de la fiction. La solution est d'en fabriquer une nouvelle — ou de choisir la phrase littérale plutôt qu'une figure usée.
Un test utile en relecture : lire chaque métaphore à voix haute. Si l'image vous surprend encore — si vous la voyez — gardez-la. Si vous la lisez et ne ressentez rien, remplacez-la ou coupez-la.
Règle deux — Mots courts
'Ne jamais utiliser un mot long quand un court fera l'affaire.'
'Utiliser' au lieu de 'se servir de.' 'Effectuer' au lieu de 'faire.' 'Initier' au lieu de 'commencer.' Les mots longs d'origine latine sonnent plus formels, mais la formalité n'est pas l'autorité. Ils rendent la phrase plus difficile à lire sans rien gagner.
L'exception, qu'Orwell comprenait : parfois le mot long est plus précis. 'Commencer' et 'débuter' sont à peu près synonymes, mais 'ruminer' n'est pas 'penser.' Tendez la main vers le mot long quand il porte un sens que le mot court ne peut pas porter. Tendez-la vers le mot court tout le reste du temps.
Règle trois — Couper chaque mot qu'on peut
'S'il est possible de couper un mot, coupez-le toujours.'
C'est la règle de la révision. Le premier jet ajoute ; le deuxième retranche. Des mots comme 'vraiment,' 'très,' 'juste,' 'en fait,' 'assez' affaiblissent presque toutes les phrases où ils apparaissent. Les expressions de remplissage — 'au bout du compte,' 'en termes de,' 'le fait que' — doivent être coupées dès qu'on les voit.
Un test pratique : lire un paragraphe, puis le relire avec vingt pour cent des mots supprimés. S'il dit toujours la même chose, la suppression était la bonne. (Pour le processus de révision plus large, voir comment réviser un premier jet sans perdre l'élan.)
Règle quatre — La voix active
'Ne jamais utiliser le passif quand vous pouvez utiliser l'actif.'
La voix active est celle où l'acteur exécute le verbe : 'Anna a fermé la porte.' Le passif déplace l'acteur à la fin ou le supprime entièrement : 'La porte a été fermée par Anna,' ou simplement 'La porte a été fermée.'
Les constructions passives ne sont pas toujours fausses. Elles sont justes quand l'acteur est inconnu ('elle avait été suivie'), quand l'acteur est sans importance ('le livre a été publié en 1946'), ou quand l'écrivain veut mettre l'accent sur l'objet plutôt que sur l'acteur. Elles sont fausses quand l'écrivain les utilise par habitude, draine l'énergie de la scène et laisse le lecteur incertain de qui fait quoi.
Pour un guide pratique du repérage et de la correction du passif en fiction, voir Corriger le passif dans la fiction sans tomber dans le mécanique.
Règle cinq — Français courant plutôt que jargon
'Ne jamais utiliser une expression étrangère, un mot scientifique ou un mot de jargon si vous pouvez penser à un équivalent courant.'
Le jargon se cache dans la fiction plus que les écrivains ne s'y attendent. 'Espace liminal' au lieu de 'seuil.' 'Affect' au lieu de 'sentiment.' 'Modalité' au lieu de 'manière.' Le mot latin ou technique semble intellectuel, mais il sort le lecteur de l'histoire et le ramène dans le vocabulaire de l'écrivain.
L'exception, encore : quand le mot précis est le mot étranger ou technique et que l'équivalent courant perdrait du sens. 'Saudade' ne se traduit pas vraiment. 'Photosynthèse' ne peut pas être remplacée par un mot courant qui veut dire la même chose. Utilisez le mot précis dans ces cas-là, et faites confiance au lecteur.
Règle six — Enfreindre une règle plutôt qu'être barbare
'Enfreignez n'importe laquelle de ces règles plutôt que de dire quelque chose de franchement barbare.'
Cette règle sauve les cinq autres de devenir une cage. Orwell savait que l'adhésion rigide à n'importe quelle règle de prose produit des phrases techniquement propres mais spirituellement mortes. Si suivre la règle rendait la phrase laide, maladroite ou fausse, enfreignez la règle.
C'est la règle qui sépare les bons éditeurs des suiveurs de règles. N'importe qui peut appliquer mécaniquement les règles un à cinq. La compétence est de savoir quand une phrase veut le mot long, l'expression toute faite ou le passif — parce que le rythme ou le sens l'exigent.
Comment utiliser les règles dans la fiction
Appliquez les règles en révision, pas en rédaction. Rédiger est un acte génératif ; les règles paralyseront un premier jet. Gardez-les pour le deuxième passage.
Lisez chaque scène deux fois. Premier passage : les métaphores sont-elles vivantes ? Les mots longs gagnent-ils leur longueur ? Y a-t-il des mots de remplissage à couper ? Deuxième passage : l'énergie de la scène est-elle là où l'action se trouve, ou la voix passive l'a-t-elle drainée ?
Puis un dernier passage pour la règle six : ai-je suivi les règles jusqu'à une phrase qui sonne inhumaine ? Si oui, remettez ce que les règles avaient coupé.
Les règles ne sont pas un style. Elles sont une manière de vérifier que la prose fait bien ce que l'écrivain pensait qu'elle faisait. Une fois ce test passé, l'écrivain peut écrire dans n'importe quelle voix. (Exercices pour trouver la voix des personnages est l'essai compagnon sur la voix elle-même.)